L’armagnac s’offre une nouvelle jeunesse

Avec 700 ans d’histoire, l’armagnac s’impose comme la plus ancienne de nos eaux-de-vie françaises. Un âge vénérable qui ne l’empêche pas d’avoir le vent en poupe. Il faut dire que l’eau-de-vie gasconne ne manque pas d’atouts pour séduire les amateurs de spiritueux et même de cocktails.

Dans l’armagnacais, de la fin du mois d’octobre jusqu’au 31 mars au plus tard, on vit au rythme de la distillation. Une fois les vendanges terminées, les raisins sont pressés et le jus mis en fermentation de façon totalement naturelle. Le vin obtenu, généralement acide et peu alcoolisé afin de conserver sa fraîcheur et ses arômes, est alors prêt à être distillé. Si l’activité est intense, la période n’en est pas moins festive. Les producteurs d’armagnacs sont en effet nombreux à organiser des repas au pied de l’alambic. Des moments de convivialité qui illustre parfaitement l’esprit de l’armagnac.

Un peu d’histoire

carte armagnac

L’armagnac est la plus ancienne de nos eaux-de-vie françaises : elle peut en effet revendiquer plus de 700 ans d’histoire. D’ailleurs, en 1310, dans son ouvrage Pour garder la santé et rester en bonne forme, Maître Vital Dufour, Prieur d'Eauze et de Saint Mont, vantait déjà les quarante vertus de l’aygue ardente. « Elle aiguise l'esprit si on en prend avec modération, rappelle à la mémoire le passé, rend l'homme joyeux au-dessus de tout, conserve la jeunesse et retarde la sénilité... », écrivait-il. Depuis, ce n’est pas tant pour ses vertus thérapeutiques que l’armagnac est apprécié : il séduit surtout les amateurs de spiritueux pour son authenticité et sa diversité.

Une méthode d’élaboration encadrée par une AOC

tout commence dans les vignes

Si l’armagnac a vu le jour il y a plus de 700 ans, il a fallu attendre 1936 pour qu’il obtienne son appellation d’origine contrôlée (AOC). Depuis, l’élaboration de cette eau-de-vie obtenue par la distillation de vin blanc est encadrée par un cahier des charges très strict. Quant à la Blanche Armagnac, un armagnac non vieilli, elle a obtenu son AOC en 2005.

  • Pour pouvoir revendiquer l’appellation armagnac, l’eau-de-vie doit être élaborée dans une zone de production délimitée qui couvre principalement le département du Gers, mais aussi ceux des Landes et du Lot-et-Garonne. On y distingue trois terroirs : le Bas-Armagnac, la Ténarèze et le Haut-Armagnac.
  • Plusieurs cépages peuvent être utilisés pour élaborer de l’armagnac. L’ugni blanc, la folle blanche, le baco et le colombard sont largement majoritaires. Mais les cépages dits « oubliés » comme le plant de graisse, la clairette de Gascogne, le jurançon blanc, le meslier Saint François et le mauzac blanc et rosé, sont également autorisés par le cahier des charges. Si ces derniers sont peu cultivés, ils connaissent un certain regain d’intérêt de la part des producteurs.
  • Au-delà de son terroir et de ses cépages, l’armagnac doit sa personnalité à son système de distillation continue qui a été mis au point au XIXe siècle dans le Gers par Sieur Tuillières. Mais si la très grande majorité des armagnacs sont distillés en alambic continu armagnacais, l’alambic à repasse est également autorisé par la réglementation de l’AOC. À la sortie de l'alambic, l'eau-de-vie doit titrer entre 52 et 72%.
  • Contrairement à la Blanche Armagnac qui ne flirte pas avec le bois, la très grande majorité des armagnacs sont vieillis en fûts de chêne avant d’être mis en bouteille. Si les producteurs assemblent leurs armagnacs une fois arrivés à maturité, ils proposent aussi des millésimes, c’est-à-dire des eaux-de-vie issues d’une année de récolte lorsque celle-ci est particulièrement qualitative. 

Les nombreux atouts de l’armagnac

l'alambic armagnacais 

Un temps snobé par les amateurs de spiritueux, depuis quelques années, l’armagnac fait un come-back remarqué sur le devant de la scène. L’eau-de-vie gasconne bénéficie bien sûr de l’engouement pour le « made in France ». Mais pas seulement. Plusieurs facteurs expliquent son succès actuel.

  • Sa diversité est probablement l’atout majeur de l’armagnac. Qu’il s’agisse de terroirs, de cépages, d’alambics, de producteurs ou encore d’âges, il n’y a pas un armagnac mais bel et bien des armagnacs.
  • L’AOC, gage de qualité, joue aussi en faveur de l’armagnac.
  • Le fait d’être toujours élaboré de façon très artisanale par des maisons familiales, un savoir-faire que l’on se transmet de génération en génération, est également l’un des points forts de l’armagnac. D’ailleurs, de nombreux domaines familiaux, de petite taille, ne possèdent pas d’alambic. La distillation est alors assurée par les distillateurs ambulants qui parcourent les routes de l’appellation avec leur alambic pendant la campagne de distillation.
  • L’arrivée d’une nouvelle génération à la tête des maisons familiales contribue à son succès actuel. Il faut dire que si elle est fidèle à la tradition, elle a aussi le sens de l’innovation. Certaines maisons comme Laballe ou Delord ont fait le pari du monocépage, d’autres comme Darroze ou Dartigalongue misent sur le bio et sur la mixologie. En plus de leurs millésimes, certains acteurs ont développé une gamme de single casks, le plus sont souvent embouteillés à leur degré naturel. De quoi séduire les geeks et les fans de whiskies. Pour convaincre les professionnels du monde du bar, de nombreux producteurs ont également lancé une Blanche Armagnac.
  • Si les whiskies et les rhums âgés, dont les prix ont sérieusement flambé ces derniers temps, deviennent parfois inaccessibles, il est encore possible de s’offrir un armagnac longuement vieilli en fûts dont les tarifs sont beaucoup plus sages.

3 questions à Benoît Hillion, à la tête de Dartigalongue, la plus ancienne des maisons de négoce du Bas-Armagnac, qui est installée à Nogaro, dans le Gers, depuis 1838.

Est-ce que la maison Dartigalongue bénéficie de l’engouement actuel que connaît l’armagnac ?

Oui, nous bénéficions de cette tendance. Nous avons déjà réalisé une très belle année en 2021 avec une progression de nos ventes de 30 % sur le marché français. Cette année, nous devrions maintenir ces résultats et nous sommes très confiants pour 2023. Nos armagnacs ont du succès chez les cavistes qui représentent 80 % de notre activité et le CHR a beaucoup progressé également, aussi bien grâce aux restaurants où l’on a envie de remettre l’armagnac sur la table à la fin du repas que grâce aux bars où nos eaux-de-vie entrent de plus en plus dans la composition de cocktails.

Comment expliquez-vous ce regain d’intérêt pour l’armagnac ?

L’armagnac bénéficie de l’attrait du « made in France ». Il y a un vrai retour des produits du terroir : les consommateurs se réintéressent à ce qui est fait près de chez eux. Il y a aussi un gros travail de terrain qui a été réalisé par les maisons d’armagnac depuis une dizaine d’années. C’est important d’aller parler de nos produits chez les cavistes, dans les restaurants et dans les bars à cocktails. Plusieurs producteurs ont également revu leur gamme et fait évoluer leur packaging. Cela fait plaisir de voir que tout ce travail paye aujourd’hui.

Comment se traduit l’innovation chez Dartigalongue ?

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Nous avons une collection assez classique d’assemblages et de millésimes embouteillés à 40%. En parallèle, nous avons lancé deux nouvelles gammes assez pointues et complémentaires. L’une se compose de millésimes single casks : des fûts uniques que nous sélectionnons pour leur qualité et que nous embouteillons au degré idéal, entre 43 et 47%. Ces armagnacs plus concentrés et plus intenses, qui proposent une autre expérience, plaisent notamment aux amateurs de whisky et à la belle restauration. Notre deuxième nouveauté, c’est la gamme Expérience qui met à l’honneur des eaux-de-vie plus jeunes, de moins de 10 d’âge. Les deux premières références, Un-Oaked, qui est une blanche, et Dry-Cellar, sont dédiées à la mixologie. Les deux autres, Double-Oaked, qui met en lumière l’élevage en chêne gascon, et Organic, notre premier armagnac bio, sont plutôt destinées à la dégustation. Cette gamme Expérience permet de découvrir une autre facette de l’armagnac.