Après vingt-sept ans dans la banque au Luxembourg, Marie-Pierre Skoczek a tout recommencé. Depuis ce printemps, son wine truck, Le Vagabouchon, sillonne les villages de Moselle-Nord pour y faire découvrir vins, bières et jus lorrains. Ancienne élève de l'École du Vin, elle nous raconte sa reconversion, entre montagnes russes émotionnelles, vieux camion de Touraine et apéros qui créent du lien.
Vingt-sept ans de banque, puis l'envie d'être libre
De la finance à la reconversion professionnelle

Née et élevée en Moselle, Marie-Pierre Skoczek, titulaire d’une maîtrise de langues étrangères, passe la frontière et entame une carrière dans la banque au Luxembourg. Un plan social met fin à cette carrière, « malheureusement ou heureusement », sourit-elle. Plutôt que de retrouver un poste dans la finance, elle choisit de tourner la page : « Ce milieu était devenu trop décalé par rapport au quotidien de la plupart des Français. J’avais envie de devenir indépendante, libre de mon activité, de mes horaires, de ma charge de travail. Il me restait juste à trouver laquelle. »
Une étude de marché qui révèle une niche : le bar à vin ambulant
Elle fait alors l’inventaire de ses compétences, « organisée, pragmatique, assez perfectionniste », puis de ses passions. Le vin en fait partie. Elle suit une formation de plusieurs mois à la création d’entreprise, réalise son étude de marché et son business plan, et découvre qu’aucun bar ambulant n’existe en Moselle. Elle tient sa niche.
« Comme monter dans des montagnes russes »
Créer une activité qui n’existe pas encore dans sa région, Marie-Pierre le compare à un tour de grand huit. « On est à fond dans l’étude, on prospecte, et tout à coup le doute s’installe. Est-ce que je fais bien ? Quel risque je prends ? Qui j’embarque avec moi ? Pourquoi personne ne l’a encore fait ? »
Puis vient l’euphorie, portée par l’enthousiasme de l’entourage : « Le projet n’est plus seulement un concept. Il devient un projet vivant, porté par plusieurs personnes qui ont envie de le voir aboutir. » Encourageant, mais aussi stressant, car il faut composer avec les sceptiques et avec ceux qu’elle appelle, avec tendresse, « les gens qui savent » : « Ils vous conseillent des idées parfois loufoques, sans savoir comment les rendre viables ni avoir l’expérience du métier. Ce n’est pas méchant, ce sont des gens très créatifs ! »
Le bon vocabulaire, appris à l'École du Vin
Une formation pour conseiller et promouvoir les vins
Dernière étape avant le lancement : une formation à l’École du Vin, « Conseiller et promouvoir les vins ». Grande amatrice de dégustations à l’aveugle avec ses amis et de rencontres avec les vignerons, Marie-Pierre se sentait parfois à court de mots. « Je n’avais pas toujours le bon vocabulaire. Cette formation était très adaptée à mon futur métier et à ce que je voulais acquérir. Je ne me suis pas trompée. »
Comme Marie-Pierre, apprenez à décrire les vins avec justesse pour mieux conseiller vos clients.
Terroirs, cépages et dégustation : ce qu’elle a appris
Elle en garde un souvenir précis : « Elle m’a d’abord rappelé que j’aurais dû être plus attentive en cours de géographie ! » Sols, terroirs, climats : autant de clés pour comprendre les vins, et mieux les deviner. Le tour de France des arômes, des cépages et des terroirs l’a marquée, tout comme les échanges avec les autres participants. « On comprend qu’on n’a pas tous le même palais. Mais la formation apprend à décrire simplement et objectivement ce qu’on sent et ce qu’on ressent. Aujourd’hui, ça m’aide énormément pour orienter un client vers le bon vin, en écoutant les saveurs qu’il aime. »
Le bistrot qui vient à vous, 100 % lorrain
Dans son secteur, beaucoup de villages n’ont plus de bar ni de café, « de bistrot, comme on dit par ici ». Le Vagabouchon vient donc à eux, le temps d’un apéritif entre amis, en famille ou entre collègues, après le marché ou une journée de travail.
À la carte, uniquement des produits locaux : vins, bières de brasseurs lorrains, jus de fruits, limonades et même cola. « On a de très belles choses en Lorraine, il y en a pour tout le monde. Pourquoi irais-je chercher plus loin ? J’ai à cœur de promouvoir ma région. » Côté rouges, ses pinots noirs créent souvent la surprise : « Sincèrement, certains peuvent s’aligner sur des bourgognes. Les amateurs découvrent qu’il y a de très bonnes choses tout près de chez eux. »
Un camion venu de Loches, un nom inspiré de Charlie et La Chocolatrie
Un wine truck d’occasion déniché sur Leboncoin

Faire fabriquer un camion sur mesure dépassait son budget. Marie-Pierre prospecte donc sur les sites d’occasion et tombe, sur Leboncoin, sur une affaire inespérée : le camion de Serge, caviste à Loches, près de Tours. Il l’avait acheté pour quelques animations mais s’en servait peu, et partait à la retraite. Comptoir, cave à vin, rangements, décoration : tout était déjà là.
La rencontre a aussi été humaine. « Serge ne propose que des vins de Loire dans sa cave. On s’est trouvé un vrai terrain commun : être proche de son terroir et promouvoir les vins de son secteur. » L’affaire est conclue en une semaine, et elle part le chercher la semaine suivante avec son conjoint et des amis. Serge suit d’ailleurs toujours les aventures du Vagabouchon sur les réseaux.
Le Vagabouchon, un nom pour un bar à vin ambulant
Quant au nom, elle le voulait unique, évocateur du mouvement et du vin, sans faire référence à l’alcool, « parce qu’il y a des lois à respecter ». L’inspiration vient des mots inventés de Charlie et la chocolaterie : « Ça n’existe pas, mais on comprend tout de suite l’idée. »
Des soirées pour créer du lien
Des apéros qui rapprochent les habitants
Il n’y a pas de soirée type au Vagabouchon. Aux habitués s’ajoutent toujours de nouvelles têtes, venues par le bouche-à-oreille, un article ou les réseaux. Tout commence doucement, chacun autour de sa table mange-debout avec un verre et une planche. Puis l’espace se remplit, on se rapproche, on discute.
« Les gens se rendent compte qu’ils sont voisins, qu’ils ont des amis communs, qu’ils travaillent dans le même secteur. À la fin, ils prennent un verre ensemble pour prolonger le moment. C’est exactement ce que je voulais : créer du lien. Aujourd’hui, on communique sur les réseaux, chacun derrière son téléphone. Là, on partage un moment réel. »
Envie de vous initier à la dégustation avant de vous lancer ?
Conseiller chaque client selon ses goûts
Autre plaisir : conseiller quelqu’un qui ne sait pas trop expliquer ses goûts. « À partir de quelques vagues indications, je lui fais goûter un vin, et la personne me dit : “Oui, c’est exactement ce que j’aime !” Ce moment-là est très gratifiant. »
Convaincre les maires et surfer sur la vague

Micro-entreprise créée le 15 avril, premières sorties en mai : il a d’abord fallu trouver des communes d’accueil. Le plus grand défi a été de convaincre les maires. « Être un débit de boissons ambulant ne veut pas dire laisser une foule de gens ivres sur le trottoir. On peut prendre l’apéritif sans s’enivrer et ramener un peu de vie dans le village sans déranger le voisinage. » Certains ont été convaincus tout de suite, d’autres sont venus l’observer cet été sur les grands marchés nocturnes.
Le succès inattendu d’un wine truck en Moselle
Sa plus grande surprise, c’est l’engouement. Bouche-à-oreille, réseaux sociaux, presse locale, un reportage télé : « Ça a fait boule de neige et ça a dépassé mes espérances. Ça m’a même un peu fait peur, mais il faut savoir surfer sur la vague. » Des villages situés à 80 km la sollicitent désormais : « Je ne peux pas aller si loin avec le prix du carburant, mais savoir qu’on me connaît là-bas, ça rend heureuse. »
Ce que la banque apporte à une reconversion dans le vin
De ses années de banque, elle a gardé de précieux réflexes : organisation, planification, gestion des stocks, veille réglementaire, comptabilité. Et surtout le sens de l’équilibre : « Il faut se garder du temps pour soi, pour que l’entreprise n’envahisse pas tout. »
Demain, des dégustations chez l'habitant
Pour 2027, Marie-Pierre vise une tournée stable, avec de nouveaux villages, et davantage d’événements privés : anniversaires, très prisés des 30-45 ans, ou fêtes d’entreprise, où elle sait aussi faire preuve de créativité avec des boissons sans alcool. Elle aimerait également proposer des dégustations à domicile, à l’aveugle ou autour d’une région, « pour ceux qui préfèrent l’intimité et osent poser toutes leurs questions ».
Son conseil aux futurs reconvertis, elle le donne « très humblement » : « Tout le monde peut se reconvertir, mais repartir de zéro demande un apprentissage, une remise en question, de l’abnégation et de la résilience. Il faut accepter de se tromper. » Et de rappeler : « On ne devient pas caviste du jour au lendemain parce qu’on est passionné de vin. Il faut aussi maîtriser la gestion et l’administratif, car à la fin, ça reste du commerce. Mais si on y croit, il faut tenter l’aventure et se donner les moyens. Quand on voit que ça fonctionne, c’est un vrai plaisir. »
Son coup de cœur : un pinot noir de Meuse
Un seul vin lorrain à faire découvrir ? Plutôt qu’un domaine mosellan déjà bien connu, Marie-Pierre met en avant un vigneron de Meuse : Léo-Paul Liénard. Fils de vigneron du Domaine de Muzy, formé au lycée viticole de Beaune, il a fait ses armes en Bourgogne, au Chili et dans le Jura avant de revenir en Meuse. En 2022, il rachète vignes et cave et crée son propre domaine.
Sa cuvée phare, le pinot noir « Les Masrûles », est élevée treize mois en fût de chêne. Elle a obtenu un coup de cœur dans le Guide Hachette des Vins 2027, pour le troisième millésime consécutif. « Un vrai petit bijou de Lorraine », résume-t-elle.
Et elle conclut par une invitation : « Allez découvrir vos terroirs, discutez avec les vignerons de votre coin, écoutez-les parler de leur travail. Prenez le temps de déguster et d’échanger. Pour moi, le vin, c’est ça : le partage, l’échange et la transmission. »
FAQ : reconversion dans le vin et wine truck
Peut-on se reconvertir dans le vin sans expérience ?
Oui. Marie-Pierre Skoczek a passé vingt-sept ans dans la banque avant de lancer Le Vagabouchon, son bar à vin ambulant en Moselle. Une reconversion réussie demande cependant de la préparation : se former à la dégustation et au conseil, mais aussi à la gestion d’entreprise, réaliser une étude de marché et accepter de se tromper. Comme elle le rappelle, « on ne devient pas caviste du jour au lendemain parce qu’on est passionné de vin ». Les compétences acquises dans un précédent métier, comme l’organisation, la comptabilité ou la gestion des stocks, restent de vrais atouts.
Quelle formation suivre pour se reconvertir dans le vin ?
Tout dépend du projet. Pour un métier tourné vers la vente et le conseil (caviste, bar à vin, wine truck), la formation « Conseiller et promouvoir les vins » de l’École des Vins & Spiritueux permet d’acquérir le vocabulaire de la dégustation, de comprendre terroirs, cépages et climats, et d’apprendre à décrire un vin simplement et objectivement pour orienter chaque client. C’est la formation qu’a suivie Marie-Pierre avant de lancer son activité. Pour un projet d’entreprise, il est aussi utile de suivre une formation à la création d’entreprise.
Qu’est-ce qu’un wine truck ?
Un wine truck est un bar à vin ambulant installé dans un camion aménagé, avec comptoir, cave à vin et rangements. Il se déplace de village en village, sur les marchés ou lors d’événements privés, pour proposer vins et boissons à déguster sur place, souvent accompagnés de planches. Dans les communes qui n’ont plus de bar, il recrée un lieu de rencontre le temps d’un apéritif, à la manière d’un « bistrot qui vient à vous ».
Comment ouvrir un bar à vin ambulant ?
Il faut d’abord valider le projet avec une étude de marché et un business plan, puis choisir un statut juridique (Marie-Pierre a opté pour la micro-entreprise). Côté équipement, un camion d’occasion déjà aménagé peut réduire fortement l’investissement. Il faut ensuite obtenir les autorisations nécessaires à la vente de boissons alcoolisées et à l’installation sur l’espace public, et convaincre les communes d’accueil, souvent la principale difficulté. Enfin, une formation au conseil en vins aide à se démarquer et à fidéliser la clientèle.
Y a-t-il de bons vins en Lorraine ?
Oui, et ils surprennent souvent les amateurs. La Lorraine produit notamment des pinots noirs de belle qualité, dont certains, selon Marie-Pierre, « peuvent s’aligner sur des bourgognes ». En Meuse, Léo-Paul Liénard s’est distingué avec sa cuvée de pinot noir « Les Masrûles », élevée treize mois en fût de chêne et récompensée d’un coup de cœur du Guide Hachette des Vins 2027 pour le troisième millésime consécutif. La région propose aussi des bières artisanales, des jus et des limonades locales.
Les formations de l’École du vin de France sont-elles finançables par le CPF ?
Certaines formations de l’École du Vin peuvent être financées par le Compte personnel de formation (CPF). D’autres dispositifs existent également selon votre situation, comme le financement par un OPCO pour les salariés ou les indépendants. Consultez la fiche de chaque formation ou contactez l’équipe pour connaître les possibilités de financement adaptées à votre projet.
Plusieurs de nos formations sont éligibles au CPF : un vrai coup de pouce pour financer votre projet.